D’avance, pardon à mes amis et à mes proches, pardon pour tout ce que je vais écrire ici, que certains savent déjà..et pour les autres choses que je vais dire que je gardais cachées au plus profond de moi… La lourdeur qui pèse sur mon âme pèse aussi sur le reste de ma vie…. A la naissance je n’étais pas ce qu’on appelle un gros bébé, moins de 3kg en tout cas, c’est certain ! Mes parents décident que nous allons vivre dans un petit village tranquille… trop peut être… C’est ici que ma vie a basculé pour la première fois…C’est ici que je vais me mettre vraiment à nu et vous dévoiler mon cœur… Le 15 janvier 1982, en rentrant de courses avec mon papa, nous découvrons notre maison en flammes: comment voulez vous expliquer à une gosse de trois ans ce qui est en train de se passer ? Le gaz a tout fait péter.... Comment expliquer à une gosse de trois ans que sa maman est à l’hôpital dans un état critique, qu’elle est entièrement brûlée et qu’elle ne la reverra pas pendant 9 mois, si ce n’est plus ? Comment expliquer à une gamine de trois ans que sa sœur de 6 ans a rejoint les anges, les papillons et les fleurs ? Aussi curieux que cela puisse paraître, j’ai comme un trou de mémoire sur cette période, seules quelques rares petites choses subsistent, mis c’est comme si j’avais passé un grand coup d’éponge sur tout ça… J’ai commencé à vivre avec cette absence de grande sœur, l’impression d’être tout ce qui restait à mes parents… En 1985, j’ai 7 ans, mes parents m’apprennent que je vais être grande sœur… la chose est née le 6 mars 1986, 1kg280, 34cm, elle qui aurait du naître le 20 mai ! Papa va voir maman à l’hôpital, moi j’ai encore des microbes, je n’ai pas le droit de voir le bébé, je l’observe au travers d’une vitre, comme on le fait pour les poissons dans un aquarium…Le bébé… et ma maman dans tout ça ? Je la vois quand moi ? En plus la chose a eu le prénom d’Audrey pour troisième prénom, même ça elle l’a eu… ce n’est pas juste… Je lui en ai tant voulu à ce bébé, même s’il a failli mourir plusieurs fois… Enfin voilà, à partir de ce moment, j’ai commencé à acheter des bonbons en cachette, à manger la nuit, à me venger de tout ce que ce bébé me volait en affection… N’allez pas croire que je ne l’aime pas ma puce, c’est en 91 que j’ai vraiment tilté : elle eu une ostéomyélite, une saloperie qui attaque la moelle et les os…cette horreur qui lui est arrivée vers Noël m’a rapprochée d’elle, à jamais. Mais me concernant, ça n’a pas arrangé les choses ; roustes, coups de pieds aux fesses et baffes n’ont rien changé… J’ai continué à prendre du poids… A 13 ans, j’ai appris que l’une de mes cousines éloignées était morte d’anorexie…Aussi idiote que moi n’existant sans doute pas, je me suis donc mise à manger encore plus, me relevant la nuit pour taper dans le frigo… Tout était bon, cacahouètes, pistaches, chocolat, enfin tout ce passe deux secondes dans la bouche... et 20 ans dans les hanches!!! A 15 ans je faisais 70 kilos pour un mètre 52.J’ai commencé à rentrer dans le cercle vicieux de la boulimie, et j’ai continué à prendre du poids… Ma mère a été hospitalisée pendant 6 ans car ses reins ne fonctionnaient plus, et mon père a bien failli y rester dans un accident de voiture en 1997. Depuis il ne travaille plus, mais mon poids lui, n’a pas changé… bien au contraire! Je fais partie des gens qui prennent du poids rien qu’en regardant les rayons du magasin…mais bon. Je me suis, au fur et à mesure de ces années écoulées, forgée une épaisse carapace, pour que personne ne puisse ni ne veuille passer au travers. Mais je crois que le pire dans tout ça, c’est quand je suis VRAIMENT tombée amoureuse pour la première fois. Pas l’amour fugace des gamines, pas celui qui vient et qui va sans prévenir, celui qui fait BOUM et vous fait tourner la tête ! J’avais 16 ans et lui 17 …Arnaud, je m’en souviendrai toujours,je lui ai écrit 50 poèmes !!!! J’étais folle de lui, mais j’ai toujours su rester lucide malgré tout, et mon poids m’a encore devancé : je l’aimais, mais lui, non. Regards moqueurs, mots blessants, quand je rentrais du lycée c’est alors de désespoir que je mangeais encore et encore… Moi qui voyais de vraies garces, mais super jolies, tromper leur petit ami sans aucun scrupule... Moi qu’on disait si gentille, la bonne copine confidente etc. etc.… et bien je faisais fuir tout le monde alors qu’elles pêchaient les mecs rien qu' en claquant des doigts. En 1997 j’ai eu mon bac.. et mon vrai premier petit ami, avec amour réel et réciproque. Le premier qui peut être m’aimait enfin vraiment... C’est à lui que j’ai donné la seule chose qu’on ne peut donner qu’une fois à un homme… Mais le temps que je passais avec lui, ces trois années, aussi agréable soit il, est encore entaché de souvenirs immondes… En 1998, malgré mon poids, je me suis fait violement agresser dans la rue, et j’ai eu la plus belle peur de ma vie… enfin je croyais… En février il y a eu D. !! Ici je ne rentrerai pas dans les détails car certains me prendraient pour une affabulatrice. Je n’ai qu’une seule chose à dire, quand je le croise dans la rue, je rentre chez moi en courant et pleurant de peur, et que je crois que toutes les douches du monde ne pourront jamais m’enlever toute la honte que j’éprouve encore aujourd’hui… Du coup, après ça, j’ai encore plus bouffé.. et c‘est peu dire, comme pour me faire exploser!! Si l’on creuse sa tombe avec sa fourchette, pourquoi pas après tout… Je tiens toutefois à mettre engarde ; manger et se faire vomir ne sert à rien ! surtout pour perdre du poids, cela va fait 12ans que je le fais et je sais de quoi je parle… Ca bousille les dents, l’œsophage saigne, on a des brûlures d’estomac régulières, ça fait sortir les boutons, on a mauvaise haleine et on devient désagréable pour un rien… La sensation de bien être n’est que très passagère, et ce n’est pas une solution. Ma petite maman, toi qui ne sais pas dire je t’aime, qui ne peux ni ne veux le dire, je tenais à te dire que tu n’es absolument pour rien dans tout ça, à ceci prés que le jour où papa et toi m’avez conçue, surtout après, quand tu as su que papa n’était pas chaud pour un autre bébé, tu aurais mieux fait de t’abstenir… Ca aurait évité un gros tas… d’embûches ! Ma petite mamie, le fait que tu m’ais traitée de grosse vache pendant des années ne m’empêche pas de t’aimer … Mon cher oncle, du côté de maman, si par hasard tu lis ce texte je sais que tu me critiques sans arrêt, que tu t’es même amusé a passer derrière moi juste pour mesurer mon postérieur et pour voir la place qu’il prenait, et bien, le mot est lâché : JE T’EMMERDE !! A tous ceux qui se moquent des autres et de leurs différences, je tenais à vous dire que bien souvent notre vie a basculé un jour à cause de crétins de votre espèce… Il faut vous dire que nous sommes assez gênés par notre propre apparence sans avoir à subir en plus les assauts quotidiens de l’extérieur… Cet avis n’est pas une vengeance, mais juste une remise à jour de ma vie et de mes sentiments… Je ne suis animée que par une immense masse d’amour à donner, et je vois que malheureusement ma famille me détruit… Pardon aussi à ceux qui m’ont considérée comme leur amie sans que je le sois. La trahison semble être mon alliée: je ne trahis pas mais je le suis… Je vais aujourd'hui sur mes 28 ans, je ne sais pas combien de temps mon petit ami va encore m’aimer, je ne sais pas si ma mère m’aime.. et j'ai bien du mal parfois à discerner mes vrais amis…. Pardon aux gens qui pourraient s’identifier dans cet avis… Pardon enfin pour tout le mal que j’ai fait aux gens qui m’entourent… Je n’ai jamais été fausse ; j’ai toujours été vraie, sans trahir, sans être, je pense, méchante, mais je vous ai certainement fait du mal à un moment ou à un autre… A vous tous je vous demande pardon…… Mes kilos mortels, je vous supporte depuis des années, désolée mais je vais maintenant vous tuer…vous supprimer… car comme c’est vous ou moi, alors j’ai choisi, et.. c’est moi… ! JE VOUS HAIS !!!! Ma petite maman, ton monstre t’embrasse, et un jour, peut être, enfin, je deviendrai ta fille…. JPP ( J'en Peux Plus)
extrai de livre je suis monstre (pour info)
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